« Les itinéraires LOIR-ET-CHER »
Je ne peux dissocier le Loir-et-Cher de la Loire. Et cependant le nom du département ignore le « Fleuve des Rois », pour parler comme les millions de visiteurs qui affluent à Blois, Chambord ou Chaumont pour remonter le flamboyant sillage de François Ier, Diane de Poitiers, Catherine de Médicis et tant d’autres. Pendant la Révolution, au moment de baptiser ces terres mi-forêt, mi-grenier à blé, les bureaucrates-géographes qui redécoupaient la France préférèrent mettre en vedette deux modestes rivières : le Loir, qui prend sa source aux confins du Perche ; et le Cher, accouru depuis le lointain Massif Central. Je ne saurais les en blâmer. La langueur du Loir, c’est le versant proustien du pays. Et il me plaît que, par contraste, le Cher apporte ici un écho des rocailles du « Château d’eau de la France ». Il n’en reste pas moins que c’est la Loire qui, coupant le département par le milieu, fonde son unité. Et fait qu’on se sente aussi « loir-et-chérien » aux quatre vents du plateau beauceron qu’au fin fond des forêts de Sologne. Car le Loir-et-Cher, ce sont d’abord des sensations. Au premier chef, l’odeur qui filtre du tuffeau. J’aime qu’elle imprègne identiquement les murs des grandes demeures royales et les vieilles masures adossées à la roche crayeuse des côteaux, les dignes maisons bourgeoises de Vendôme, Montoire, La Motte-Beuvron ou Romorantin et le ventre des caves où, de Montrichard à Thoré-la-Rochette, mûrissent les vins du Loir-et-Cher. Basse continue d’arômes. Si elle varie selon les saisons, c’est qu’elle doit beaucoup aux eaux secrètes qui innervent les varennes, les saulaies, les oseraies, les bois. Enfin il y a le ciel. Bleu unique, à croire que l’ardoise et le tuffeau ont été inventés pour lui. Est-ce son étrange irradiation qui a poussé tant d’artistes à venir abriter ici leur talent créatif ? Ou le Temps qui, en Loir-et-Cher, ne coule décidément pas comme ailleurs ? Les deux sans doute, ainsi que le suggèrent les pages du roman Louis Lambert où Balzac relate l’illumination mystico-littéraire qu’il vécut à quinze ans, par un jeudi d’ennui, dans la vallée de Villiers-sur-Loir : « J’ai déjà vu tout cela en rêve… » Le jeune Balzac venait d’avoir l’intuition de son grand’oeuvre. Ni plus ni moins que La Comédie Humaine… Car c’est cela, aussi, le Loir-et-Cher : un pays solidement chevillé au réel, mais sillonné, où qu’on aille, par les allées cavalières de l’imaginaire. Vous en doutez encore ? Allez donc refaire un tour à Chambord !
Irène Frain,
Ecrivain
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Sommaire
Le Vendômois
En descendant vers la Loire
Blois
Beauregard, Chambord,
Cheverny, Pays des Châteaux
Des bords de Sauldre aux rives du Cher
La Grande Sologne
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